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C'est pas bien, ce que ton père a fait ; il n'aurait
pas dû t'emmener avec lui pour ça.
Les cons ! Ils allaient encore parler comme le
surgé. Alexis était gagné par l'écoeurement et
voulait échapper à leur inquisition.
- Maman doit être chez des amis dans le XVe
Déposez-moi là bas. J'irai lui annoncer avec
ménagement et je lui dirai de descendre vous voir.
Son père avait en effet un ami rue Lecourbe. Il
savait que son immeuble communiquait avec la
rue perpendiculaire et pensait ainsi se débarrasser
de ces lourdauds de flics. Au passage, il leur
subtiliserait la pochette plastique dans laquelle
ils avaient enveloppé le portefeuille mouillé.
Jamais personne ne toucherait aux affaires de son
père. Surtout pas ces gardiens soupçonneux. Il sut
détourner leur attention en se composant des
mines attendrissantes et, les mains dans le dos, fit
glisser la pochette sous sa ceinture.
Sitôt hors de leur vue, il détala par la rue
Cambronne et prit un taxi avec l'argent du portefeuille.
Jusque-là, il s'était conduit comme un petit
homme dont son père aurait été fier. Mais, en
retrouvant leur appartement, il s'effondra. Tout
se dérobait, tout lui rappelait l'absent. Le journal.
La bouteille de whisky presque vide. Et cette
odeur de spaghetti froids. Alexis pleura un bon
coup et sanglota jusqu'à minuit. Dix fois, cent
fois, il revécut la scène du pont marie. La simple
peur d'une paire de gifles l'avait tenu éloigné de
son père.

# Posté le jeudi 22 décembre 2005 05:51

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Peut-être, s'il s'était montré à lui, tout
aurait changé. A cette heure-ci, c'est sûr, il
serait encore dans ses bras. On l'aurait sermonné
mais ensuite raccompagné. Peut-être même un cri
pendant la chute l'aurait-il sauvé ? Juste un petit
cri, un dernier appel d'un fils à son père. Il serait
alors sorti de son cauchemar, se serait débattu
dans les eaux et aurait regagné la berge...
Tout cela tournoyait trop vite dans sa tête. Et ce
cafard atroce, dense comme un brouillard. Alexis
eut très froid dans les os et, comme une masse, se
laissa tomber tout habillé sur son lit.
Au petit matin, il fut réveillé par le silence. Rien
ne bougeait dans cette maison qui, habituelle-
ment, à ces heures-là, bruissait d'agitation et
sentait le pain grillé. Alexis pleura encore, mais
tout doucement, comme doivent le faire les petits
lapins. Orphelin, il se blottissait contre lui-même.
Puis, machinalement, il descendit, comme cha-
que matin, chercher le journal puis le courrier.
Devant le kiosque, un affreux vague à l'âme. Un
journal, pour qui ? Et, face à la boîte aux lettres,
une chimère... « Monsieur, ici le commissariat de
police du Ive arrondissement. Nous vous infor-
mons que votre père est en train de jouer aux
cartes avec nous. Il attend que vous vouliez bien
le reconduire chez lui. Dans son intérêt, nous
vous conseillons de fortement le sermonner. Veuil-
lez agréer... »
Mais non, bien sûr, pas de lettre. Un paquet.
Celui que son père avait déposé hier avant de tout
détruire autour de lui.

# Posté le samedi 24 décembre 2005 10:45

Chapitre 2 - Page 9

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Alexis ferma les volets,
nettoya la table, y fixa une bougie et déposa
religieusement trois trésors : le portrait de son
père qui, de sa table de chevet, veillait sur ses
nuits, son portefeuille et le paquet.
Dans le portefeuille, il y avait trois photos. Les
deux plus belles représentaient Alexis. Tout seul
sur la première, de profil adossé à un mur face à
une lumière douce. La seconde était prise avec
son père aux sports d'hiver. Ils étaient tous deux
allongés dans un transat, clignant des yeux,
vaincus par un soleil agressif. Mais ils étaient très
beaux, bronzés. Alexis donnait l'impression de se
blottir contre un protecteur, ce qui n'était guère
son genre. C'est pour cela que son père devait
tenir à cette photo.
Il y en avait une troisième beaucoup plus petite,
d'un format d'identité, en noir et blanc. Elle était
moins soignée, déjà écornée et portait les marques
rouillés d'anciennes agrafes. C'était une jeune
fille apparemment très belle, qu'Alexis ne connais-
sait pas.
Et puis, dans le paquet, ce carnet qu'il n'avait
jamais eu le droit de lire mais dont son père
noircissait souvent les pages devant lui, et plus
fréquemment ces derniers jours.
C'était un vieux carnet à couverture de cuir, à
peine plus gros qu'une bible, presque entièrement
rempli d'une écriture dense mais lisible. Il s'en
était échappé une carte postale d'un lac italien.

# Posté le samedi 24 décembre 2005 10:49

Modifié le lundi 26 décembre 2005 16:07

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Au verso :
Ce carnet est à toi, Alexis. Si je meurs,
pardonne-moi. Tes grands-parents s'occuperont
mieux de toi qu'un père brisé. Mais promets-moi
de ne jamais ma juger. Je n'ai aimé qu'une seule
personne au monde jusqu'à ta naissance. C'est
son histoire que tu vas maintenant découvrir
dans ce cahier. Si je l'ai embellie, c'est qu'elle
était très belle. Et le temps ne pourra jamais
l'abîmer. Je te souhaite de vivre une fois aussi
intensément et de rester le petit garçon clair et
acide que nous avons fabriqué tous les deux, toi
et moi. N'oublie pas le proverbe que j'avais un
jour écrit avec du dentifrice que la glace de la
salle de bains : « Vis comme en mourant tu
voudrais avoir vécu. »

Aime-moi. Ame-toi.
TRISTAN.

# Posté le samedi 24 décembre 2005 10:53

Modifié le mercredi 28 décembre 2005 07:07

Chapitre 3

Chapitre 3

# Posté le mardi 31 janvier 2006 14:23